Il y a eu un écheveau de motivations pour conduire au tournage d’une vidéo de plusieurs heures en juillet 2024.
Omar Toujid et moi sommes des amis de longue date. Nous avons régulièrement des échanges sur nos métiers artistiques en général et nos choix professionnels en particulier.
Nous venions de terminer une série de teasers sur les spectacles de Tout conte fait. Alors Omar a eu envie de prolonger le travail de communication par une réflexion sur le métier de conteur·euse tel que construit et pratiqué au sein de Tout Conte fait.
La compagnie affichait 20 ans au compteur. Ce pouvait être une belle opportunité de faire le point sur le chemin parcouru. Ce pouvait être aussi l’occasion de requestionner des options, des opinions, voire des postures et des croyances.
Cela a pris la forme d’une conversation filmée entre une conteuse et son metteur en scène. Elle est à destinée à toute personne susceptible d’être intéressée par le sujet, à titre personnel ou professionnel.
Il ne s’agit pas d’un documentaire ambitieux délivrant la bonne parole sur un univers professionnel mais d’une série de réflexions subjectives offrant matière à débat et co construction.
Un programmateur indélicat m’avait lancé cette phrase lors d’un appel téléphonique : « Vous êtes conteuse ? ça existe encore ces trucs-là ? ».
Un stagiaire m’avait affirmé que pour lui, les contes étaient réservés aux enfants – chanson relayée de toute part avec une variante, le conte n’intéresserai que les enfants mais surtout les petits enfants.
Que signifie être conteur, conteuse, conteur·euse en 2024 ? au 21e siècle ? Quelle utilité sociale, artistique, économique, politique de raconter des histoires maintenant, de nos jours, là maintenant ?
Raconter quoi, au nom de quoi et pour qui, pourquoi faire, avec quelle intention ? Qui raconte quoi, où, dans quelles conditions ? Vaste débat avec moult enjeux et pistes d’analyse.
Voici quelques repères rapides des questionnements développés dans les vidéos.
Pour certains, c’est une passion s’épanouissant dans le bénévolat, plus proche d’une pratique sociale de convivialité, voire de maternage.
D’autres revendiquent un métier – avec formation, certification, grille de salaire et convention collective, plan de carrière, démarche commerciale, gestion administrative et financière …
Au fil du temps, nous avons l’impression que conter devient une sorte de sport de combat.
La pratique du conte, qu’elle s’inscrive dans le champ amateur ou dans une voie de professionnalisation n’échappe pas aux déterminismes de la société dans laquelle elle s’inscrit :
Se pose la question du répertoire légitime : doit -on se cantonner aux « contes du bon vieux temps » , de préférence de « chez nous » ? quid d’un imaginaire contemporain et de l’interculturalité ?
Comment faire cohabiter la littérature et l’oralité, notamment quand nos sources proviennent de plus en plus de textes issus de collectes directes ou de livres sélectionnant ou retravaillant des contes issus d’autres livres ?
Quel terrain de jeu ? Le fantastique peut abolir les frontières entre la vie et la mort, les divinités et les mortels, les humains et les autres êtres vivants. Comment la création artistique, l’imaginaire peuvent ils nous aider à rendre sensibles, accessibles, compréhensibles d’autres réalités humaines et non humaines – entre autres ce que Michel Hindenhoc a appelé notre part animale.
Il peut permettre d’approfondir la compréhension d’un récit, voire de l’enrichir par la recherche d’informations de toutes sortes et sous tout support.
Mieux connaître une communauté, une société pour raconter leurs imaginaires avec le moins de biais possibles.
Toutes ces ressources permettent également de construire des actions de médiation culturelle en amont ou en accompagnement d’une représentation.
Nous voilà dans un autre registre des normes débattues : si l’artiste met en place un spectacle avec décors, éclairage, bande son … sort – il de son rôle de conteur pour devenir un comédien de théâtre ?
Fait on ou non participer le public ?
Voir le second volet des vidéos du documentaire sur le métier de conteur·euse : Le conte : un art de la relation
Pour aller plus loin, je vous partage :
Les livres collectifs :
L’APACC – Association professionnelle des Artistes Conteurs et Conteuses
le RNCAP Réseau National du Conte et des Arts de la Parole
Les éditions La Grande Oreille
La base de donnée Bibliorécit
En savoir plus sur le répertoire de Tout conte fait et sur son agenda de tournée