KAMISHIBAI

23 juin 2020

Quelques précisions pour commencer :

Le Kamishibaï, pratique artistique contemporaine d’origine japonaise, tire son nom de « kami » – papier et « shibaï » – théâtre.

C’est donc un théâtre de papier qu’on appelle aussi théâtre d’images.

La scène est un castelet  en bois – le butaï –  dans laquelle le conteur ou gaïto kamishibaia fait défiler des planches illustrées.

Le butaï peut présenter 3 volets et une petite poignée sur le dessus pour le transporter :

 

Ce qu’on désigne en France par livret de Kamishibaï, c’est l’ensemble de ces planches (une dizaine ou une vingtaine) constituant un récit illustré vendu dans une pochette cartonnée, une valisette en plastique voire un petit butaï en carton.

Ces planches cartonnées mesurent 37 cm x 27, 5 cm – soit moins d’un format A3.

Pour des raisons pratiques, ceux qui veulent construire eux même leur butaï et composer leurs propres livrets – vous trouverez des idées ici – préfèrent utiliser un format A3 ou supérieur.

La planche a deux faces : une illustrée présentée face au public et l’autre avec le texte correspondant à l’image ainsi que des indications de jeu :

Le livret est installé dans le Butaï, illustrations face au public et textes face au conteur.

La technique consiste à prendre la planche du dessus, de la faire glisser hors du Butaï, dévoilant l’image immédiatement dessous, et de l’insérer à la fin du livret.

Le sens de lecture traditionnel japonais est de droite à gauche. Planches et butaï commercialisés le sont sur ce standard.

Ceux qui décident de construire leur propre castelet et répertoire décident parfois de privilégier le sens de lecture occidental – de gauche à droite.

La dramaturgie joue avec la manière de « jouer » le retrait de la planche, en une ou plusieurs fois, plus ou moins vite…

On propose ainsi trois images avec deux planches comme sur ce livret Le joueur de Flute de Hameln :

On fait ainsi « tourner » les planches jusqu’à la fin de l’histoire.

Les volets sont ouverts une fois le livret installé et refermés à la fin de l’histoire, pour le changement des planches. C’est l’équivalent du lever et baisser de rideau au théâtre.

 

Un peu d’histoire :

Les origines

Le Kamishibaï trouverait son origine au VIII siècle dans la pratique des Emakis : longs rouleaux de papier ou de soie utilisés tant par l’aristocratie japonaise ou par les religieux des temples bouddhistes

Le lecteur, assis ou agenouillé, déposait le rouleau sur le sol ou une table basse. Il déroulait petit à petit à son public une histoire illustrée et calligraphiée.

Le répertoire était, suivant le contexte, romanesque, épique ou religieux à des fins récréatives ou édifiantes.

On parle aussi d’une référence au théâtre populaire et humoristique Rakugo qui peut ou a pu utiliser des marionnettes (images peintes recto/verso fixées sur une baguette de bois).

L’âge d’or

Ceci étant, le Kamishibaï en tant que tel fait son apparition au Japon au XIXe siècle.

Il était joué dans les fêtes et en spectacle de rue.

Lors de la crise économique mondiale des années 30, les Gaïtos étaient des chômeurs promenant leur butaï sur leur bicyclette.

Une entreprise de bonbons a utilisé l’opportunité d’un accès au marché enfantin en fournissant aux artistes des vélos équipés de tiroirs garnis de sucreries.

Art de divertissement, outil éducatif, support de propagande, le Kamishibaï, comme tout pratique culturelle, a été  différemment orienté au cours de son histoire.

Le théâtre de papier connu son apogée des années 30 à 50 et son déclin dans les années 60, avec la généralisation de la télévision – autre théâtre d’images.

 

La renaissance viendra des années 70 avec sa diffusion internationale.

 

Et actuellement ?

Le Kamishibaï se pratique toujours en salle comme en rue, avec ou sans vélo mais sans sucrerie.

Le gaïto peut toujours appeler  son public dans les parcs en frappant l’un contre l’autre deux petits morceaux de bois – les hyoshigis.

 

Il y a plusieurs façons de raconter un Kamishibaï :

J’ai vu – en salle principalement –  des gaïtos, assis derrière la table, presque dissimulés derrière leur butaï.

Ils lisaient sans intonation particulière les textes des livrets. Pour eux, l’image prime sur le texte.

Ils font confiance aux illustrations pour capter l’imaginaire de l’auditoire.

 

D’autres conteurs sont debout à côté du butaï. Ils sont vêtus de manière très sobre et leur jeu est à l’unisson de manière à ce que l’attention soit totalement concentrée sur le castelet.

Ils récitent scrupuleusement le texte qu’ils lisent ou on appris par coeur.

 

D’autres enfin rajoutent un jeu d’acteur, de la musique. Ils prennent appui sur les illustrations pour conter leur version de l’histoire.

 

La tradition japonaise, transmise par l’association IKAJA, prône les deux premières attitudes.

Toute l’attention du public doit être centrée sur le castelet.

Style participatif ou non ?

Certaines histoires demandent la participation du public, d’autres non.

C’est alors le choix du gaïto de la susciter ou pas.

 

Partage d’expérience :

Je me suis formée à l’art du Kamishibaï et à la fabrication de livrets avec Laurent Devime et Cecile Elouet.

Ils ont eux même reçu un enseignement et se sont produits dans les parcs japonais.

J’utilise en tant que conteuse le théâtre d’images, dans une démarche d’éducation populaire.

En cela, je me suis écartée du chemin traditionnel et adaptée tant à ma personnalité qu’aux caractéristiques de mon public.

Je regrette qu’on cantonne trop souvent le Kamishibaï au jeune public : l’imagerie classique attachée à cette pratique culturelle est un conteur devant un public d’enfants, ou des familles avec enfants -cf la page d’accueil d’Ikaja.

Il n’y a pas de répertoire spécifiquement ado /adulte dans les nomenclatures des éditeurs. Les catégories s’arrêtent à « à partir de 8 ans ».

Vous me direz, c’est un peu pareil pour le conte – je ne compte plus le nombre de fois où on me renvoie au jeune public quand je me présente comme conteuse !

Pour ma part, j’ai fait le choix m’adresser aux enfants et aux adultes.

Le Kamishibaï est un outil merveilleux pour aborder, entre autres, les personnes en grande précarité économique et sociale.

Je constitue petit à petit mon propre répertoire de livrets.

L’un d’entre eux est en cours d’édition.

Où se procurer castelet et livrets ?

 

Pour aller plus loin :

 

En plus des références mentionnées dans l’article avec les liens internet correspondants,

Je recommande également chaudement le travail de Myriam Foucher et de Camille Reymondon, bibliothécaires de la bibliothèque centrale de Lyon par Dieu pour leur travail de formation à la pratique du Kamishibaï et leur constitution d’une superbe kamishitèque.

Toutes les photos présentées dans l’article proviennent des sites cités – l’image d’accueil est  extraite du livre d’Allen Say : « Le bonhomme Kamishibaï »